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06.07.2008

L'Utopiste

(...) En mars 1934 Lerroux démissionna pour protester contre les tergiversations du Président de la République qui hésitait à signer le décret d’amnistie en faveur du général Sanjurjo et des conspirateurs qui avaient tenté un pronunciamiento pour renverser la République et restaurer la Monarchie en 1932. Il fut remplacé par Ricardo Samper, un radical soumis aux partis monarchistes ralliés à la République. Le gouvernement gela les réformes du gouvernement Azaña, renforça les mesures antisociales et amnistia le général putschiste.
La vallée était frappée de chômage endémique. Les usines, vétustes, tournaient au ralenti. Les salaires étaient bas et les lock-out massifs. Les ouvriers les plus favorisés ne travaillaient que quatre jours par semaine.
Après la victoire de la droite, la direction de la Duro-Felguera procéda à des licenciements massifs. Cette grève provoqua de nombreux accrochages entre ouvriers et forces de l’ordre. Au cours d’un accrochage Celesto eut un bras cassé à coups de crosse de mousqueton. Sans le réflexe qui lui fit lever le bras pour la protéger, sa tête eût volé en éclats. Les grandes Compagnies n’avaient pas compris que la faim génère la colère. Au lieu d’augmenter les salaires, elles employaient l’argent à acheter des grenades à gaz et des armes ; à embaucher des nervis pour maintenir l’ordre ; à faire des listes noires d’ouvriers récalcitrants ; à payer des pistoleros pour les neutraliser… La vallée connut un degré d’extrême tension. Des groupes anarchistes attaquèrent des postes isolés de la Garde civile, firent dérailler des trains ; le communisme libertaire fut instauré pour une brève période dans certaines régions ; une flambée de violence se propagea dans toute la vallée. À la Duro-Felguera les syndicats déclenchèrent une grève qui dura neuf mois.

Tandis que les problèmes séparatistes atteignaient un extrême degré de tension, l’opinion était bouleversée par une rumeur qui propageait l’idée qu’une cargaison d’armes destinées aux socialistes asturiens aurait été débarquée du vapeur Turquesa. Le gouvernement proclama l’état d’alerte. Une vingtaine de gardes civils sous les ordres d’un capitaine fouillèrent pendant plusieurs heures la Maison du Peuple et le Théâtre Llaneza de Sama. Ils trouvèrent deux cartouches de dynamite dans le tiroir du bureau d’un employé et l’arrêtèrent bien que celui-ci pût expliquer qu’elles appartenaient à un groupe de mineurs qui travaillait dans une petite mine. Le bureau fut fermé et les gardes emportèrent les livres de compte du Syndicat. La campagne de fouilles se poursuivit pendant plusieurs jours dans toutes les villes du bassin minier. Les gardes fouillèrent les mines, les sièges des syndicats et des partis politiques, les Maisons du Peuple. Ils trouvèrent de la dynamite et des armes cachées dans les kiosques à musique, dans les armoires de la Duro-Felguera, dans des locaux syndicaux. Au cours d’une perquisition surprise, une paire de gardes civils découvrit une caisse grossièrement camouflée dans la partie obscure du couloir qui reliait notre appartement au petit local syndical, remplie de mousquetons. Celesto et de nombreux militants furent arrêtés et transférés à la prison Modelo d’Oviedo. Le lendemain plusieurs centaines de militants manifestèrent devant la prison pour exiger la libération des prisonniers. (...)
JMF