Page d'accueil

13.07.2008

L'Utopiste

(...) Les syndicats appelèrent à la grève générale. En quelques heures la grève gagna toute la vallée. À Sama, des milliers de personnes accompagnèrent au cimetière un jeune socialiste tué lors d’une manifestation. Les commerces, les cafés, les cinémas furent fermés dans tout le bassin minier. Les terrains de football se remplirent d’enfants arborant des maillots rouges. À Oviedo, au cours d’un meeting spontané, des militants chauffaient les foules :
« Le fascisme ne s’apprivoise pas avec de la musique ; pour l’apprivoiser la grève ne suffit pas il faut des fusils », martelait un orateur. « Le socialisme partage avec le reste du prolétariat espagnol son abomination du régime. L’heure de vérité est proche », renchérissait un autre.
Les prisonniers furent libérés le lendemain pendant que plusieurs centaines de soldats et sept chars d’assaut arrivaient à Oviedo pour renforcer la garnison.
Le mois de septembre 1934 connut le sommet de la tension sociale entre les forces ouvrières et le gouverneur Fernando Blanco Santamaría.
À Gijón, la Garde d’assaut chargea à coups de matraques un meeting antifasciste des Jeunesses Communistes.
À Turón, un meeting des employés de commerce fut interdit.
À Oviedo, les Jeunesses Socialistes et Communistes organisèrent conjointement un meeting pour contrecarrer le rassemblement de la C.E.D.A. à Covadonga. Le même jour l’Alliance Ouvrière se réunit sur l’initiative des délégués de la C.N.T. et proposa une grève générale.
À Madrid Largo Caballero déclarait : « Si on nous jette hors de la République, camarades, et si cela doit continuer ainsi, le Parti Socialiste ne tardera pas à vivre dans la clandestinité. »
Le point fort de cette journée s’est produit à Sama de Langreo. Ce jour-là le groupe féminin des Jeunesses socialistes organisait une manifestation contre la guerre d’Abyssinie et le fascisme. La manifestation se mit en marche à 19 heures de la Maison du Peuple, traversa la Plaza Federico Silva et se dirigea vers la rue Alvarez Miranda. La ville était remplie de gardes civils depuis le matin. Une commission de femmes se dirigea vers la mairie pour déposer une motion. Arrivée devant la mairie, une compagnie de gardes civils se jeta sur les manifestantes et commença à les frapper à coups de matraque, essayant de leur arracher les banderoles. Ensuite les avis divergent. Selon une manifestante les gardes auraient ouvert le feu sans sommation, provoquant la réplique de tirs sporadiques dans tous les coins de la ville. Selon les gardes c’étaient les tirs sporadiques qui auraient provoqué leur intervention. Un jeune socialiste resta sur le carreau, deux manifestantes, trois passants et deux gardes furent grièvement blessés. (...)
JMF

06.07.2008

L'Utopiste

(...) En mars 1934 Lerroux démissionna pour protester contre les tergiversations du Président de la République qui hésitait à signer le décret d’amnistie en faveur du général Sanjurjo et des conspirateurs qui avaient tenté un pronunciamiento pour renverser la République et restaurer la Monarchie en 1932. Il fut remplacé par Ricardo Samper, un radical soumis aux partis monarchistes ralliés à la République. Le gouvernement gela les réformes du gouvernement Azaña, renforça les mesures antisociales et amnistia le général putschiste.
La vallée était frappée de chômage endémique. Les usines, vétustes, tournaient au ralenti. Les salaires étaient bas et les lock-out massifs. Les ouvriers les plus favorisés ne travaillaient que quatre jours par semaine.
Après la victoire de la droite, la direction de la Duro-Felguera procéda à des licenciements massifs. Cette grève provoqua de nombreux accrochages entre ouvriers et forces de l’ordre. Au cours d’un accrochage Celesto eut un bras cassé à coups de crosse de mousqueton. Sans le réflexe qui lui fit lever le bras pour la protéger, sa tête eût volé en éclats. Les grandes Compagnies n’avaient pas compris que la faim génère la colère. Au lieu d’augmenter les salaires, elles employaient l’argent à acheter des grenades à gaz et des armes ; à embaucher des nervis pour maintenir l’ordre ; à faire des listes noires d’ouvriers récalcitrants ; à payer des pistoleros pour les neutraliser… La vallée connut un degré d’extrême tension. Des groupes anarchistes attaquèrent des postes isolés de la Garde civile, firent dérailler des trains ; le communisme libertaire fut instauré pour une brève période dans certaines régions ; une flambée de violence se propagea dans toute la vallée. À la Duro-Felguera les syndicats déclenchèrent une grève qui dura neuf mois.

Tandis que les problèmes séparatistes atteignaient un extrême degré de tension, l’opinion était bouleversée par une rumeur qui propageait l’idée qu’une cargaison d’armes destinées aux socialistes asturiens aurait été débarquée du vapeur Turquesa. Le gouvernement proclama l’état d’alerte. Une vingtaine de gardes civils sous les ordres d’un capitaine fouillèrent pendant plusieurs heures la Maison du Peuple et le Théâtre Llaneza de Sama. Ils trouvèrent deux cartouches de dynamite dans le tiroir du bureau d’un employé et l’arrêtèrent bien que celui-ci pût expliquer qu’elles appartenaient à un groupe de mineurs qui travaillait dans une petite mine. Le bureau fut fermé et les gardes emportèrent les livres de compte du Syndicat. La campagne de fouilles se poursuivit pendant plusieurs jours dans toutes les villes du bassin minier. Les gardes fouillèrent les mines, les sièges des syndicats et des partis politiques, les Maisons du Peuple. Ils trouvèrent de la dynamite et des armes cachées dans les kiosques à musique, dans les armoires de la Duro-Felguera, dans des locaux syndicaux. Au cours d’une perquisition surprise, une paire de gardes civils découvrit une caisse grossièrement camouflée dans la partie obscure du couloir qui reliait notre appartement au petit local syndical, remplie de mousquetons. Celesto et de nombreux militants furent arrêtés et transférés à la prison Modelo d’Oviedo. Le lendemain plusieurs centaines de militants manifestèrent devant la prison pour exiger la libération des prisonniers. (...)
JMF